Se perdre au paradis

March 11, 2018

 

À quelles drogues avais-tu développé une dépendance?

 

Aux opiacés (plus spécifiquement, le fentanyl et l’héroïne)

 

 

Comment ça a commencé?

 

De façon sociale au départ et ensuite c’est la dépendance qui a pris le contrôle et ensuite c’était pour ne pas être malade.

 

 

Est-ce qu'il y a une raison pour laquelle tu as commencé à consommer? T'étais malheureux? La pression sociale?

 

J’ai toujours été quelques uns qui a eu un intérêt pour les drogues et une curiosité. Je consommais de façon sociale. Moi et mes amis consommaient seulement lorsqu’on était ensemble.

 

 

Quelles sphères de ta vie est-ce que ça a affecté le plus? Comment tes proches ont réagi ? Comment ça t’a affecté toi?

 

Le travail, je manquais le travail pour consommer car sans ça je ne pouvait pas travailler à cause des symptômes de sevrage. Mes proches savaient qui se passait quelque chose mais ils n’ont rien su jusqu’à ce que je m’ouvre à eux et que j’explique ce qui se passait. Ils m’ont supporté dans mes démarches de désintoxication.

 

 

Quelles étaient tes attitudes personnelles par rapport à ta consommation?

 

Au départ, je croyais que c’était sous contrôle et que j’allais jamais avoir de symptôme de sevrage mais avec le temps, mes consommations se rapprochaient de jours en jours jusqu’à ce que je commence à avoir des symptômes de sevrage. et quand ça commence, tu sais maintenant que tu as touché le fond et qu’il faut prendre action. Heureusement je me suis cassé le bras à ce moment là et j’étais en arrêt de travail donc j’ai pu me faire soigner.

 

 

Pourrais-tu décrire tes symptômes de manque?

 

Mal partout, courbatures, vomissements, dépression, pensée suicidaire, diarrhée, aucune position comfortable, insomnie et c’est symptômes empiraient de jours en jours jusqu’à un maximum de 2 semaines mais après 3-4jours, je reconsommait car c’était insoutenable.

 

 

Comment tu t'en es sorti? Aurais-tu un conseil à donner pour ceux qui passent à travers la même chose?

 

Il ne faut pas garder ça pour soit. J’en ai parlé à mon entourage, je me suis éloigné des mauvaises influences et je suis aller demander de l’aide au près des centres d’aides, dont le centre de recherche d’aide aux narcomannes (le cran).

 

La dépendance au fentanyl

 

 

Le fentanyl est une drogue puissante, de la famille des opioïdes, entre 50 et 100 fois plus forte que la morphine. En cas de dépendance, un arrêt brutal (i.e. cold-turkey) de l'utilisation d'opioïdes comme le fentanyl peut causer des symptômes de sevrage importants. Ceux-ci surviennent normalement entre 12h et 72 heures suivant la dernière consommation.

 

Ces symptômes de sevrage incluent notamment :

 

Afin d'éviter les symptômes de sevrage, il est recommandé de diminuer graduellement la dose consommée. Il est cependant impératif d'être suivi d'un médecin afin de s'assurer que tout est fait de façon sécuritaire, et selon un plan précis. Des opioïdes alternatifs sont souvent prescrits pour faciliter le sevrage, tels que la morphine à libération prolongée, la méthadone, la burprénorphine ou la naloxone. Les centres de désintoxication sont une autre solution pour faire la transition vers une vie sans drogues.

 

Si vous ou un de vos proches avez une dépendance au fentanyl et autres opioïdes, consultez un médecin ou visitez le site web du centre québécois de lutte aux dépendances (CQLD) au http://www.cqld.ca

 

Quelques caractéristiques chimiques du fentanyl:

  • Un analgésique puissant; partage les actions des agonistes des opiacés;

 

  • Le fentanyl diminue la perception et la réponse émotionnelle de la douleur;

 

  • Le mécanisme d’action précis n’a pas été découvert complètement. On peut toutefois dire que les agonistes de l’opiacé agissent sur plusieurs sites du système nerveux central, permettant au système de neurotransmetteurs de produire de l’analgésie;

 

  • La perception de la douleur est diminuée au niveau de la moelle épinière et au niveau supérieur du système nerveux central (comme au niveau de l’hypothalamus);

 

  • Les agonistes des opiacés ne modifient pas le seuil ou la réactivité des terminaisons nerveuses afférentes aux stimuli nocifs, ni la conduction des influx nerveux périphériques;

 

  • Les agonistes des opiacés agissent au niveau de récepteurs spécifiques du système nerveux central. Les récepteurs des opiacés sont concentrés au niveau du système limbique, du thalamus, du striatum, de l’hypothalamus, du mésencéphale et de la moelle épinière;

 

  • L’activité agoniste au récepteur des opiacés μ ou κ peut causer l’analgésie, le myosis et la baisse de la température corporelle;

 

  • L'activité agoniste au niveau du récepteur μ peut également entraîner la suppression du sevrage des opiacés (et l'activité antagoniste peut entraîner une précipitation du sevrage);

 

  • La dépression respiratoire peut être médiée par les récepteurs μ et possiblement par les récepteurs μ2 (qui peuvent être distincts des récepteurs μ1 impliqués dans l'analgésie). Les récepteurs κ et δ seraient également impliqués dans la dépression respiratoire;

 

  • À doses analgésiques équivalentes, le fentanyl est similaire à la morphine et à la mépéridine dans ses effets respiratoires, sauf que la respiration des individus en bonne santé revient à la normale plus rapidement après le fentanyl qu'après l'un ou l'autre des autres médicaments;

 

  • Présente peu d'activité hypnotique. La libération d'histamine se produit rarement.

 

 

Statistiques

 

La crise des opioïdes
 
La crise des opioïdes, ou l'épidémie d'opioïdes (opioid epidemic), réfère à l'augmentation rapide de l'utilisation d'opioïdes, avec ou sans prescription, aux États-Unis et au Canada au milieu des années 2010.
 
Parmi les opioïdes impliqués, on note le Percocet, le Vicodin, l'oxycodone et celui en question, le fentanyl. D'après la Drug Enforcement Administration, le nombre de morts par surdose, particulièrement celles résultant de drogues prescrites et d'héroïne, a atteint un niveau épidémique.
 
Crise très actuelle, en mars 2017, le gouverneur du Maryland déclare l'état d'urgence pour combattre l'épidémie. Le directeur du CDC Thomas Frieden affirme que l'« l'Amérique baigne dans les opioïdes. Il est urgent d'agir ». Le président Donald Trump dégagera jusqu'à 500 millions de dollars américains du budget de 2017 pour combattre le fléau et a initié une commission pour gérer la crise.
 
En raison de cette crise, au Canada, un état d’alerte a été déclaré en Colombie-Britannique. Des chercheurs se sont penchés sur l’examen de la corrélation entre la saisie de fentanyl et d’héroïne par rapport aux surdoses. Il s’est avéré qu’il y a une corrélation positive entre ces deux aspects.

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La prévalence

En 2016,

  • bien que ce chiffre pourrait changer au fur et à mesure que de nouvelles données deviennent disponibles, selon les données préliminaires qui ont été soumises, le nombre de décès apparemment liés à la consommation d’opioïdes au Canada s’élevait à 2 458 cas;
 
  • on estime à partir de ce dénombrement que le taux de mortalité apparemment liés à la consommation d’opioïdes au Canada était de 8,8 décès pour 100 000 habitants;
 
  • Selon ces données, c’est dans l’Ouest canadien qu’on relevait les taux les plus élevés, alors que les taux de mortalité apparemment liés à la consommation d’opioïdes s’élevaient à 10,0 décès pour 100 000 habitants au Yukon, dans les Territoires-du-Nord-Ouest, en Colombie-Britannique et en Alberta [2]

    Les avancées scientifiques

     

     
     

    Une étude s’est penchée sur le rôle du fentanyl sur les chirurgies nasales. La ouate hémostatique est utilisée pour contrôler les saignements suite à des chirurgies nasales. Des chercheurs ont trempé de la ouate dans du fentanyl et d’autres dans une solution saline pour évaluer la différence au niveau des symptômes. Il s’est avéré que les patients avec le traitement au fentanyl se portent mieux avec moins de maux de tête. Toutefois, aucune différence n’est notable entre les 2 groupes au niveau des indicateurs cardiopulmonaires. [3]

     

    Une autre étude a évalué les effets immun-modulaires du fentanyl par rapport à l’infusion d’hydrochloride de dexmedetomidine suite à une transplantation cardiaque chez les souris. Certaines souris ont reçu du fentanyl, d’autres ont eu l’hydrochloride de dexmedetomidine. Les chercheurs en ont conclu que les deux traitements étaient efficaces d’un point de vue analgésique. Les chances de survie étaient augmentées chez les souris traitées avec le fentanyl. En effet, les lymphocytes réagissent davantage au fentanyl par rapport à l’autre analgésique. [4]

     

     

    À suivre…

     

    Bibliographie

     

     

    [1] Drug and alcohol dependence [0376-8716] Baldwin, Nicholas An.:2018 Vol. :185 pg :322 -327

     

    [2] Canada, S. (2018). Rapport national : décès apparemment liés à la consommation d’opioïdes (2016) - Canada.ca. Canada.ca. Retrieved 11 March 2018, de https://www.canada.ca/fr/sante-canada/services/toxicomanie/abus-medicaments-ordonnance/opioides/rapport-national-deces-apparemment-lies-consommation-opioides.html

     

    [3] Drug and alcohol dependence [0376-8716] Kennedy, Mary An.:2018 Vol. :185 pg :248 -252 

     

    [4] American Society of Health System Pharmacists, Inc., DynaMed [Internet]. Ipswich (MA): EBSCO Information Services. 1995 - . Record No. 233187, Fentanyl; [updated 2011 Jul 27, cited place cited date here]; [about 26 screens]. Available from http://search.ebscohost.com.acces.bibl.ulaval.ca/login.aspx?direct=true&db=dnh&AN=233187&site=dynamed-live&scope=site

     

    Pour en savoir plus...

     

    https://pharmacie.hug-ge.ch/sites/pharmacie/files/infomedic/utilismedic/Sevrage_USIdef.pdf

     

    http://sante.canoe.ca/drug/getdrug/ratio-fentanyl

     

    https://americanaddictioncenters.org/withdrawal-timelines-treatments/fentanyl/

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