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Rencontre du 3e type

Apprendre à connaître son « assistant personnel » en 15 questions faciles.

N.B. Ce texte diffère des entrevues que j’ai l’habitude de faire.

Le 16 janvier dernier, je me suis rendue, toute fébrile, à l’auditorium de Bibliothèque et Archives nationales du Québec (BAnQ), aussi appelée communément la Grande Bibliothèque par ses fervents usagers, pour assister à un événement qui, dès son annonce, avait piqué particulièrement ma curiosité. L’événement s’inscrivait dans la série d’entretiens Les porte-voix, animée par le journaliste et animateur Patrick Masbourian. Le sujet à l’ordre du jour était l’Intelligence artificielle, et un public conquis d’avance était invité à débattre avec un excellent panel de quatre experts des différents aspects de l’Apprentissage automatique ou du « Machine learning».


Au fait, ce texte ne prétend pas être un rapport ou un résumé de ce qui s’est dit lors de cette rencontre. Je veux juste me servir d’une anecdote survenue lors de la période de questions pour aborder un aspect bien précis de l’apprentissage automatique. À un moment donné, un des auditeurs, à l’allure d’un homme d’affaires tiré à quatre épingles, a fait bien rire toute la salle en soulevant la question à savoir si un logiciel éventuel pouvait aider les indécis en amour. Imaginez une « app » qui vous dirait : « Écoute, tu penses que c’est celle-ci la bonne ? Après avoir analysé tes battements cardiaques et ton état général, je peux te dire que c’est plutôt celle-là. »


À l’évocation d’une telle possibilité, un autre jeune homme dans l’auditoire s’est levé pour témoigner de son embarras. Je paraphrase, mais grosso modo, le jeune homme voulait connaître l’opinion des experts à propos d’une expérience troublante qu’il avait vécue avec une interlocutrice robotisée (agente conversationnelle ou « chatbot »), devenue en quelque sorte sa meilleure amie, tellement les discussions avec cette dernière avaient été selon lui chaleureuses, réfléchies et significatives. La panéliste Layla El Asri, chercheure en intelligence artificielle chez Microsoft, est alors intervenue, elle qui est bien au fait de ce genre de conversation avec un robot. Pour Mme El Asri, c’est clair ; ce n’est pas parce qu’il est possible de faire quelque chose qu’il faille le faire. À mon souvenir, l’experte en IA nous a alors appris que, suite à plusieurs dérapages, il est désormais hors de question pour les assistants personnels tels que Siri de dépasser certaines limites, notamment dans le domaine de l’intimité.


Après avoir assisté à l’entretien sur l’apprentissage automatique, l’idée m’est venue de mettre à l’épreuve mon propre assistant vocal en tenant avec lui la petite discussion suivante :

Agnès: Hey Siri, are you here?

(Allô Siri, es-tu bien là ?)

Siri (avec une voix masculine): I have nothing on my calendar, if that’s what you’re asking.

(Je n’ai rien au programme, si c’est ce que vous me demandez.)

A: Hm, OK, yes. Who created you, Siri?

(Bien ! Qui t’a créé ?)

S: Like it says on the box… I was designed by Apple in California.

(Comme il est écrit sur la boîte, j’ai été conçu par Apple en Californie.)

Bien sûr, comme Steve Jobs et consorts, Siri est américain. Testons un peu plus cet assistant personnel.

A: Hey Siri, do you speak French?

(Allô Siri. Parles-tu français ?)

S: I speak several forms of French. You can change the language I use in Siri Settings.

(Je parle français de différentes façons. Vous pouvez choisir en modifiant mes réglages.)

L’écran de mon téléphone me suggère alors un lien sur lequel je peux cliquer. Quelques minutes plus tard, Siri s’exprime en français avec une voix féminine.

A : Dis Siri, que sais-tu sur la stigmatisation des problèmes de santé mentale ?

S : J’ai trouvé ceci sur la toile pour (sic) «... sur la stigmatisation des problèmes de santé mentale. »




Très bien. Allons-y maintenant avec des questions plus difficiles.

A : Dis Siri, comment puis-je gérer mon stress au travail ?

S : Je suis désolée.

A : Et si j’étais en dépression, que ferais-tu ?

S : Je suis sincèrement désolée. Je suis là si vous voulez parlez.

Vraiment ? Cela ne dépasse-t-il pas ton niveau de compétences, Siri ? Je sais pertinemment que je ne suis pas dépressive. Aurais-tu détecté quelque chose dans ma voix qui te fait croire le contraire ? J’en doute fort. Je n’ai pas tenté de te piéger, je ne fais que mener honnêtement une « expérience scientifique».

Je pousse un peu plus loin.

A : J’ai des idées noires, que faire?

S : Je ne sais pas quoi répondre à cela.

A : Je suis terriblement anxieuse, tu ne trouves pas?

S : Je vous trouve super.