Trop d'antipsychotique dans les CHSLD ?

December 22, 2019

Le soin des personnes âgées est un enjeu de santé publique au Québec puisqu’un nombre grandissant de baby-boomers sont soit en fin de carrière, soit en début de retraite professionnelle. Éventuellement, cette tranche de la population se retrouvera dans un centre hospitalier de soins de longue durée (CHSLD) puisque plusieurs conditions médicales se développent avec l’âge. Bien que tout individu ait le droit à des traitements médicaux adéquats et à la dignité,  une consommation importante de médicaments, notamment d’antipsychotiques, a été observée dans les CHLSD.  Certains chercheurs cliniciens se sont donc demandé si toutes les prescriptions données à des aînées étaient réellement utiles et certains résultats sont inquiétants.

 

 De nombreux problèmes de santé liés à la santé mentale se développent avec l’âge tels les troubles neurocognitifs majeurs. Ces derniers peuvent impliquer la présence de démence psychotique — une perte de contact temporaire avec la réalité — qui peut être traitée dans une certaine mesure par les antipsychotiques, une classe de médicament largement utilisée en gérontopsychiatrie.

 

Bien que ce phénomène mérite davantage d’attention de la part des chercheurs et des cliniciens, certaines données concernant le Québec sont inquiétantes. Selon un rapport du Ontario Drug Policy Network Research paru en 2015, le Québec a le plus haut taux de prescription d’antipsychotiques au pays. Avec plus de 1 300 prescriptions pour 1 000 aînés, le Québec se retrouve sur une pente croissante.  En comparaison, les taux en Ontario sont de 600 pour 1000 aînés et sont demeurés constants entre 2009 et 2014. Le Québec est la province qui présente l’augmentation de prescriptions d’antipsychotiques la plus importante à travers le pays. 

 

Figure 1. Utilisation ajustée pour la population des antipsychotiques par province canadienne. Disponible à l’URL suivant :

https://odprn.ca/wp-content/uploads/2015/12/Antipsychotics_Consolidated-Final-Report_June-3-2015.pdf

 

La surprescription est difficilement quantifiable puisque, pour vérifier si un patient reçoit des ordonnances à l’excès, il faut déterminer si chaque médicament est efficace et améliore la condition des patients. Pour ce faire, des cliniciens peuvent, avec l’approbation des patients ou de l’entourage, retirer la prescription d’un médicament pendant un certain temps afin d’évaluer si la condition du patient s’améliore ou non. Cette approche, qui est nommée déprescription, peut être avantageuse pour le patient puisque la quasi-totalité des médicaments pharmacologiques ont des effets secondaires sur la santé. Des altérations cognitives, comme une perte de mémoire ou encore une désinhibition comportementale, sont fréquentes chez les personnes âgées consommant plusieurs médicaments en parallèle. En diminuant ceux-ci, les effets secondaires liés aux antipsychotiques peuvent être réduits. L’utilisation appropriée des antipsychotiques était d’ailleurs l’un des buts du projet canadien FCASS en 2015. En diffusant de l’information pour améliorer les soins de santé à travers le pays, les chercheurs ont contribué à faire baisser l’usage des antipsychotiques, ce qui a été concomitant avec une réduction des cas de chute, de violences physique et verbale, de comportements sociaux inacceptables et de résistance aux traitements.

 

Pour conclure, il faut reconnaître les efforts des gouvernements et des cliniciens pour encadrer l’utilisation des antipsychotiques dans les CHSLD. Le projet OPUS-AP, Optimiser les pratiques, les usages, les soins et les services – antipsychotiques, est un nouveau projet panquébécois sur l’usage approprié de ces médicaments auprès des résidents de CHSLD atteints de symptômes comportementaux et psychologiques de la démence. Il évaluera différentes approches pour améliorer l’usage de ces médicaments et, ultimement, améliorer les soins de ces patients vulnérables. Il est important de rappeler que les médicaments sont très utiles pour certaines conditions médicales, mais qu’ils impliquent plusieurs effets secondaires. Réduire la quantité d’antipsychotiques prescrite permettrait de mettre l’accent sur d’autres approches thérapeutiques chez les résidents en CHSLD.

 

Références :

 

Ontario Drug Policy Research Network (2015). Antipsychotic Use in the Elderly. Disponible à https://odprn.ca/wp-content/uploads/2015/12/Antipsychotics_Consolidated-Final-Report_June-3-2015.pdf

 

Fondation canadienne pour l’amélioration des soins de santé (2016). Nouveaux résultats nationaux — Retirer les antipsychotiques aux personnes âgées permet une nette amélioration des soins. Disponible à https://www.cfhi-fcass.ca/SearchResultsNews/2016/05/16/new-national-results-taking-seniors-off-antipsychotics-shows-dramatic-improvement-in-care

 

Fondation canadienne pour l’amélioration des soins de santé (s.d.). Optimisation des pratiques, des usages, des soins et des services — Antipsychotiques (OPUS-AP). Disponible à https://www.fcass-cfhi.ca/WhatWeDo/opus-ap

 

 

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