Je t'aime : je te hais

February 25, 2018

« On dit souvent que le trouble de personnalité limite commence à cause d'un truc horrible qui nous est arrivé dans notre enfance. Pourtant, il ne m’est rien arrivé de dramatique. Ma mère ne me battait pas, mon père ne m'a jamais abusée. J'ai le modèle de la petite famille parfaite : des parents qui s'aiment, un petit frère et un petit chien. Moi, j'pense que ça a commencé quand j'ai perdu mon ami de toujours, de qui j'étais amoureuse, au secondaire, quand il a été renvoyé et qu'il est entré en centre de détention jeunesse. Ou peut-être juste car j'me faisais intimider.

 

Depuis ce temps-là, je deviens folle à l'idée du rejet et de l'abandon. J'étais déprimée, pi mes amis étaient tannés; alors j'me mutilais pour les garder autour de moi. Ça les inquiétait, pi c'était tant mieux. J'étais en colère contre le monde entier, et surtout contre moi, pourtant j'avais trop peur de perdre les gens autour de moi pour exprimer cette rage. J'ai toujours bottle up. Je garde tout en dedans, d'un coup que mes réactions ne seraient pas rationnelles. J'me fais piétiner souvent, car je ne sais jamais si ma colère a raison d'être. Mais ça m'enrage encore plus que les gens ne voient pas la violence dans mon silence. J'vais le regarder avec un straight face pendant que je m'imagine en train de lui smash la tête sur le mur jusqu'à ce qu'il crève, juste parce qu'il me met de la pression pour que je couche avec.

 

J'le fais pareil. J'fais toute pour que le monde reste près de moi. Rares sont mes amis avec qui je n’ai pas couché au moins une fois, surtout parce que j'pense que si j'couche pas avec eux, ils voudront plus passer du temps avec moi. J'ouvre les jambes en me disant qu'ils vont m'aimer plus si je les fais jouir, anyway baiser ça soulage la douleur. J'me sens tellement creuse, j'peux pas m'imaginer seule. Même quand j'suis pu capable d'être entouré de gens, j'reste avec des gens. J'veux pas me retrouver seule avec le trou béant dans le fond de mon cœur. J'veux pas y penser.

 

Mes amis et mon chum se droguaient, pi moi c'était contre mes valeurs mais j'ai commencé à le faire aussi. J'avais ben trop peur de me faire rejeter, pi anyway se doper c'est comme une promesse que tu vas bien aller pendant quelques heures. Jusqu'au jour où j'ai fait un badtrip et que j'ai développé un trouble panique. Avant que mes amis m'abandonnent, j'ai envoyé chier tout le monde et j'me suis cloîtrée pendant des mois.

 

Le seul autre de qui j'suis tombée amoureuse, et avec qui je n’étais pas seulement pour combler un vide, a disparu sans crier gare après 4 mois. J'imagine que je l'ai cherché. Il ne venait jamais me voir quand il disait qu'il le ferait, pi moi j'l'engueulais. S'il voulait pas faire l'amour avec moi, j'estimais qu'il ne m'aimait plus. Je pleurais souvent, pi après je me présentais chez lui avec ses biscuits préférés pour me faire pardonner.

 

Quand il a disparu, j'me suis retrouvée aux urgences quelques jours après. Je capotais tellement, je sentais l'intérieur de mon corps glacé, pendant que je suais de l'extérieur. J'ai paniqué solide, y'avait rien pour me calmer. J'prenais des benzodiazépines, ce n’était pas assez. J'pouvais plus dormir, ni manger, ni aller à l'école. J'voulais juste mourir. Chaque fois que je conduisais, j'me disais que je devrais en finir en fonçant dans un arbre ou quelque chose. J'tallé à l'hôpital avant de faire une connerie pour vrai. Depuis, je suis sur les antidépresseurs et mon humeur s'est beaucoup stabilisée. Je vois une psychologue qui m'aide à m'affirmer d'une façon efficace, et je fais de la méditation pleine conscience. J'me sens beaucoup mieux. »

 

 

Le trouble de personnalité limite

 

 

Le trouble de la personnalité limite (TPL) est un trouble mental caractérisant de grands problèmes émotionnels. Les personnes atteintes manifestent souvent une impulsivité marquée et une instabilité des relations interpersonnelles, de l’image de soi et des affects. Comme les autres troubles de personnalités, le diagnostic est souvent fait à l’adolescence ou au début de l’âge adulte. Les personnes souffrant de troubles de personnalité ont une grande souffrance psychologique.

 

Causes

 

Les facteurs les plus communs du trouble de personnalité limite sont des histoires passées d’abus physique ou psychologique. Plusieurs n’avaient pas suffisamment d’affection de la part de la famille, ou avaient vécu une séparation tragique dans l’enfance, à l’adolescence ou à l’âge adulte, ou de grands évènements stressants. Toutefois, tel que mentionné dans le témoignage ci-dessus, certaines personnes n’ont vécu aucun de ces évènements. Plusieurs chercheurs travaillent sur ce sujet.

 

Le trouble de la personnalité limite présente une grande comorbidité avec la dépression, l’automutilation et le suicide, ce qui rend cette maladie très dangereuse si le patient n’est pas pris en charge.

 

Symptômes
 
 
Traitements
 

Plusieurs thérapies ont été développées afin de traiter ce problème. D’abord, des médicaments sont administrés dans certains cas pour diminuer les symptômes dépressifs ou de grande instabilité émotionnelle. Il s’agit des antidépresseurs. Aussi, les antipsychotiques sont parfois administrés pour améliorer la confusion des pensées ou le comportement agité. À part les traitements pharmaceutiques, il existe plusieurs autres types de traitement. Par exemple, il existe la thérapie cognitivo-comportementale, qui aide le patient à remettre en question ses croyances et mieux les adapter à la réalité, ainsi que la thérapie comportementale dialectique qui se concentre sur la résolution de problèmes.

 

Le TPL implique énormément de souffrance à la personne atteinte. Il est important aux proches d’être là et aider cette âme souffrante. Il est impératif d’aller consulter rapidement un psychologue, un psychiatre ou tout autre professionnel, de la santé si on soupçonne qu’on souffre du trouble de personnalité limite.

 

Prévalence
 
Les avancées scientifiques
 

Le trouble de la personnalité limite, également appelé borderline, a longtemps laissé les psychiatres perplexes. Un patient peut sembler tout à fait normal lors d’une visite, puis se retrouver à l’urgence le lendemain pour cause de tentative d’automutilation. C’est parce que le trouble borderline est une maladie du tout ou rien, marquée par des réactions émotionnelles imprévisibles et disproportionnées. La vie des patients atteints du trouble borderline est gouvernée par deux principes : l’impulsivité, et l’instabilité émotionnelle, qui se traduit par des difficultés avec les relations interpersonnelles et une perturbation de l’image de soi.

 

Ces caractéristiques rendent le trouble borderline difficile à diagnostiquer, souvent confondu avec la dépression unipolaire ou bipolaire, et dangereux pour ses victimes, avec un taux de suicide d’environ 10%. Heureusement, les avancées scientifiques peuvent nous permettre de rendre la maladie un peu moins énigmatique qu’elle l’a jadis été, afin de rejoindre les patients dans leur bataille.

 

Une source majeure d’information concernant les causes neurologiques du trouble borderline se trouve dans l’analyse morphométrique de la matière grise. À cet effet, le volume de matière grise est quantifié localement dans des scans d’imagerie par résonance magnétique (IRM), et les régions qui présentent des déviations importantes par rapport à un groupe témoin sont identifiées en tant que locus potentiels d’activité cérébrale anormale.

Figure 1. Comparaison des volumes de matière grises chez les patients borderline (BPD) et le groupe témoin (HC). Les régions en rouge ont un volume plus élevé pour BPD, et les régions bleues ont un volume plus faible [1].

 

Un résultat saillant de cette analyse est que le cortex cingulaire postérieur (CCP) et les aires motrices adjacentes (Figure 1, en haut à gauche) sont plus volumineuses chez les patients borderline. Le CCP est lié à l’évaluation de la saillance émotionnelle de certains stimuli.  L’implication de cette région pourrait indiquer que les patients ont tendance à surévaluer l’importance émotionnelle des stimuli, puis à utiliser les aires motrices environnantes pour commander des réactions impulsives. Il s’agit ainsi d’un renforcement positif de l’influence émotionnelle sur les commandes motrices, et donc sur les actions.

 

De nombreuses études similaires ont également noté une réduction des volumes de matière grise dans le cortex orbitofrontal et le cortex cingulaire antérieur (CCA). Ces régions sont associées au contrôle cognitif et rationnel des émotions [1]. Ce manque de contrôle rationnel sur les émotions couplé avec une surévaluation de la saillance émotionnelle est un candidat intéressant pour expliquer le caractère extrême des réactions émotionnelles chez les patients borderline. Finalement, le précuneus est élargi chez les patients borderline. Associée à l’introspection et à la conscience de soi, cette région pourrait expliquer les perturbations de l’image de soi.

 

Les anomalies structurelles des patients borderline ont également des conséquences comportementales. Une étude s’intéressant aux réactions à des expressions faciales a noté que le groupe de patients borderline parvient à identifier des différences émotionnelles beaucoup plus subtiles que leurs homologues [2]. Cela explique en partie les difficultés des patients borderline avec les relations interpersonnelles : un léger signe d’ennui ou contrariété que d’autres personnes pourraient à peine remarquer peut les inciter à remettre une relation en question.

 

Finalement, une autre avenue de recherche s’est intéressée à la méthylation du gène BDNF, estimant que ce gène serait non seulement une cause du trouble borderline mais aussi un candidat potentiel pour son traitement. Les scientifiques ont quantifié la sévérité de la dépression, le désespoir et l’impulsivité. Ils ont observé dans un premier temps que chacune de ces mesures est associée à une augmentation du taux de méthylation du BDNF. Dans un deuxième temps, ils ont administré 4 mois de psychothérapie avant de mesurer le taux de méthylation à nouveau. Ainsi, les scientifiques ont observé que les patients ayant une réponse positive voient une diminution de la méthylation de BDNF, tandis que ceux ayant une réponse négative voient au contraire une augmentation importante [3].

 

Toutefois, cette étude démontre une corrélation et non une causalité. En fait, puisque la méthylation du BDNF est associée au stress, il est possible que la relation de causalité soit inverse : le trouble borderline causerait des niveaux de stress anormalement élevés, ce qui se traduirait au niveau biologique par une augmentation de la méthylation de BDNF. Néanmoins, il est rassurant que la psychothérapie puisse réduire les symptômes du trouble borderline chez certains patients, et cela demeure l’approche la plus prometteuse pour traiter la maladie.

 

À suivre…

 

Bibliographie

 

[1] Yang, X., Hu, L., Zeng, J., Tan, Y., et Cheng, B. (2016). Default mode network and frontolimbic gray matter abnormalities in patients with borderline personality disorder: A voxel-based meta-analysis. Scientific Reports, 6, 34247. doi:10.1038/srep34247

 

[2] Raskin, M. K. (2010). When Passion Is the Enemy. Scientific American Mind, 21, 44-51. doi:10.1038/scientificamericanmind0710-44

 

[3] Perroud, N., Salzmann, A., Prada, P., Nicastro, R., Hoeppli, M.E., …, et Malafosse, A. (2013) Response to psychotherapy in borderline personality disorder and methylation status of the BDNF gene. Translational Psychiatry, 3, e207. doi:10.1038/tp.2012.140

 

[4] Cognitive therapy v. usual treatment for borderline personality disorder: prospective 6-year follow-up. Kate M. Davidson, Peter Tyrer, John Norrie, Stephen J. Palmer, Helen Tyrer. The British Journal of Psychiatry Nov 2010, 197 http://bjp.rcpsych.org/content/197/6/456/figures-only

 

[5] Prevalence, Correlates, Disability, and Comorbidity of DSM-IV Borderline Personality Disorder: Results from the Wave 2 National Epidemiologic Survey on Alcohol and Related Conditions Bridget F. Grant, Ph.D., Ph.D., S. Patricia Chou, Ph.D., Risë B. Goldstein, Ph.D., M.P.H., Boji Huang, M.D., Ph.D., Frederick S. Stinson, Ph.D., Tulshi D. Saha, Ph.D., Sharon M. Smith, Ph.D., Deborah A. Dawson, Ph.D., Attila J. Pulay, M.D., Roger P. Pickering, M.S., and W. June Ruan, M.A. https://www.ncbi.nlm.nih.gov/pmc/articles/PMC2676679/

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