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Dans la peau d’une infirmière…



Cette semaine était la Semaine de la profession infirmière. Pour cette occasion, l’équipe de Neuropresse s’est entretenue avec deux infirmières cliniciennes, Camille* et Samantha*, avec une étudiante en sciences infirmières, Émilie, et avec une candidate à l'exercice de la profession d'infirmière (CEPI), Élodie*, sur leur réalité. Que fait une infirmière? Quels sont les défis actuels? Comment s’encourager entre collègues? Nous vous présentons nos questions ainsi que leurs réponses.


Quels sont les plus grands défis auxquels les infirmiers et infirmières doivent être confrontés en ce moment?

Samantha : En temps de pandémie, le travail infirmier reste le même, mais les enjeux et les défis n’auront jamais été aussi importants. La santé mentale et la santé physique des professionnels de la santé sont mises à l’épreuve. Les infirmiers et infirmières sont au front et se doivent de continuer à prendre soin des gens vulnérables pour que l’on puisse ressortir de cette pandémie encore plus fort. Ainsi, les politiques gouvernementales et institutionnelles doivent être mises de l’avant afin de protéger le personnel soignant et de permettre des pratiques sécuritaires pour tous.


Émilie : Les plus grands défis auxquels les membres de la profession infirmière doivent être confrontés sont les mêmes depuis des années: le manque de personnel, le manque d’équipement de protection, l’écart abyssal entre les directives gouvernementales et la pratique au chevet, la surcharge de travail, les TSO (temps supplémentaire obligatoire) et j’en passe. La seule nuance est que le tout est exacerbé exponentiellement par la pandémie.


La population méconnaît les réalités infirmières quotidiennes. Les « nouvelles » qui font polémique sont enfin médiatisées. Ce que les gens aient marre d’entendre parler reflète la frustration des infirmières qui traîne depuis trop longtemps. Pour une première fois, on va nous écouter. On nous prendra au sérieux. Parce que sommes sérieux et sérieuses. Parce que c’est sérieux. Depuis le début.


Trouvez-vous que la profession infirmière est méconnue du public?

Élodie : Oui, je trouve que la profession infirmière est méconnue du public. La profession infirmière va au-delà de l’administration des médicaments, à faire des prises de sang, à installer des sondes, à donner des soins de base, etc. Les sciences infirmières vont jusqu’à l’évaluation de la condition de la santé de la Personne, que ce soit au niveau physique, biosocial ou mental. La Personne, avec un grand P, fait référence à non seulement le patient, mais également à son entourage, à ses proches et à sa famille.


Émilie : Absolument. L’expertise infirmière est méconnue. La migration du paradigme de soins infirmiers vers les sciences infirmières est obscure pour plusieurs. Nous ne sommes pas remplaçables, et notre profession ne peut être exercée correctement par aucun autre professionnel de la santé. En milieu hospitalier, la première personne à reconnaître quand le patient ne va pas bien, c’est le professionnel qui le connaît le plus. Sans surprise, c’est presque toujours l’infirmière. L’Ordre des infirmiers et infirmières du Québec crée annuellement une websérie qui explore le champ de pratique scientifique infirmier. Je recommande fortement de l’écouter. Voici la troisième saison en URL: https://www.oiiq.org/en/stagiairedunjour


Que serait un système de santé sans infirmiers et infirmières?

Élodie : Personnellement, je trouve que les infirmières constituent un pont entre les patients et les professionnels de la santé du système de santé actuel. Souvent, les patients et leurs proches ont tendance à se confier davantage aux infirmières qu’à un autre professionnel de la santé. Ainsi, un système de santé sans les infirmières serait comme de manquer un pont entre deux mondes différents.


Émilie : Que serait une bibliothèque sans livres? Un vélo sans roues? Une forêt sans arbres? La réponse à ces questions sera la même que celle qu’on me pose.


Que pensez-vous de l'appel du gouvernement aux infirmiers et infirmières des régions « froides » du Québec à venir travailler à Montréal?

Élodie : Je trouve que c’est une stratégie qui peut s’avérer efficace face à la situation qu’on vit à Montréal. Toutefois, il faut juste comprendre et s’assurer qu’il reste assez de personnel dans les zones « froides » du Québec pour éviter de créer une autre problématique dans une autre région.


Émilie : Une solution temporaire à un problème récurrent. Le problème avec le nombre d’infirmiers et infirmières infectés qui augmente réside en la création disproportionnée de postes à temps partiel vs temps plein. Il y a trop de postes à temps partiel, donc les infirmières se voient trop souvent travailler à plusieurs endroits différents pour équivaloir un emploi à temps plein. Ainsi, en contexte de pandémie, la propagation du virus se fait à vitesse fulgurante. Plusieurs doivent donc s’absenter du travail lors d’infection. En emmenant des professionnels des régions froides vers chaudes pour combler ces mêmes postes à temps partiel, certes que ça aidera, jusqu’à en revenir inévitablement à la case de départ. Casser l’enchaînement diabolique implique nécessairement le remplacement progressif de postes à temps partiel par des postes à temps plein. Pour freiner la propagation du virus, les infirmières ne peuvent plus continuer à travailler dans trois milieux hospitaliers différents.


Quels conseils aimeriez-vous donner à vos collègues?

Camille : Je travaille dans une « unité chaude » dans un hôpital montréalais. Honnêtement, la situation est de plus en plus difficile, et en ce moment, on a un outbreak entre les employés s’occupant des patients atteints de la COVID-19. Mon moral est vraiment bas. Il n'y a aucune astuce à part parler avec son entourage et d’avoir un bon réseau de soutien, et de se distraire à 100% après le travail (cuisiner, faire du sport ou lire, par exemple).


Que retenez-vous de positif dans votre profession, que ce soit dans la situation actuelle ou en « temps normal »?

Camille : Les seules choses pour lesquelles je suis reconnaissante, dans la situation actuelle, c’est d'avoir une merveilleuse équipe au travail et de pouvoir accompagner les patients dans leur guérison ou, dans les pires cas, dans leurs derniers moments de vie.


Samantha : Je prends plaisir à développer mon jugement clinique, à mettre à jour mes connaissances et à démontrer mon leadership à travers des pratiques exemplaires pour le bien de la communauté. J’adore travailler en équipe, avec le patient, mes collègues infirmiers et conjointement aux autres professionnels de la santé. Ensemble, nous pouvons accomplir de petites merveilles dans la vie des usagers. Avoir un impact positif sur l’expérience de santé du patient est la raison principale pour laquelle j’ai choisi d’exercer la profession d’infirmière.


Pour terminer, quels messages d'encouragement aimeriez-vous envoyer à vos collègues?

Élodie : J’aimerais dire à mes collègues qu’ils font un excellent travail durant cette crise sanitaire et dans les conditions actuelles. Ils ne travaillent pas pour rien et on va tranquillement voir le fruit de leurs efforts et de leur engagement dans la profession.


Émilie : Merci pour votre courage. Merci pour votre persévérance, votre refus de maintenir le statu quo. Les choses bougent, grâce à vous. Pour la première fois depuis des décennies, vos cris du cœur se font entendre. Vos besoins sont au cœur de l’avenir du Québec. La province au complet vous soutient. Ça va bien aller, pas sans vous, mais grâce à vous. Les remerciements, félicitations et applaudissements du jour ne font que préluder à la vague de changement qui s’en vient vers nous, qui récompensera et reconnaîtra notre vocation.


*À la demande des personnes interviewées, nous leur avons donné des noms fictifs.


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