Quand le sport devient une obsession: la dysmorphie musculaire

October 13, 2019

 

 

Les salles de gym sont remplies de personnes partageant les mêmes désirs : devenir plus fort, repousser leurs limites, améliorer leur santé.  D’ailleurs, les bienfaits de l’exercice physique sont bien documentés et valorisés : il prévient les problèmes cardio-vasculaires, renforce les os, diminue le stress, et la liste continue. Mais quand nos efforts au gym ne semblent jamais suffisants alors que notre corps est déjà très musclé, l’entraînement est-il toujours bon pour nous?  

 

Quand le sport n’est plus sain : la dysmorphie musculaire

 

La dysmorphie musculaire, également appelée l’anorexie inversée, est un trouble de santé mentale qui touche majoritairement les hommes sportifs, surtout les adeptes du culturisme. Elle se traduit par un désir obsessif d’augmenter sa masse musculaire. En effet, ayant l’impression de ne jamais être assez musclées et ce, même si leur corps l’est, ces personnes peuvent entre autres s’entraîner pendant plusieurs heures (même si elles sont épuisées ou malades), contrôlent strictement leur alimentation, se regardent excessivement dans le miroir et peuvent abuser de stéroïdes anabolisants, qui sont des substances permettant l’accroissement rapide de la masse musculaire et la diminution de matières grasses mais pouvant être associées à de nombreux risques si elles sont utilisées de façon prolongée (infertilité, crise cardiaque, tumeurs au foie et au rein, cancer à la prostate, etc). Les personnes souffrant de dysmorphie musculaire sacrifient également leur vie sociale et professionnelle étant donné que cela pourrait interrompre leur entraînement (Pope et al., 2005). 

 

Causes

 

Bien que les causes de la dysmorphie musculaire ne soient pas totalement comprises à ce jour, les chercheurs s’entendent sur quelques facteurs de risque : 

 

1- Génétique : Une personne est plus prompte à développer la dysmorphie musculaire si un membre de sa famille en souffre. En outre, dans une étude réalisée auprès de 2495 adultes jumeaux, tant hommes que femmes, l’héritabilité moyenne trouvée est de 44 % (Enander et al., 2018).

 

2- Environnement : Avoir vécu des expériences traumatiques telles qu'un abus ou de l’intimidation à l’enfance ou à l'adolescence peut accroître le risque de développer la dysmorphie musculaire. Les facteurs culturels, tels que le culte de la minceur dans certaines sociétés, jouent également un rôle important dans le développement de ce trouble. 

 

3- Fonctionnement cérébral : Peu d’études ont trouvé des indices quant au rôle spécifique de la sérotonine dans ce trouble, un neurotransmetteur influençant le bien-être et l’humeur. Par contre, une preuve indirecte de son implication réside dans le fait que les symptômes sont allégés grâce aux traitements utilisant les inhibiteurs sélectifs de la recapture de la sérotonine (ISRS) (Li, Arienzo et Feusner, 2013). Ceux-ci permettent d’augmenter la réceptivité à la sérotonine, qui favorise la régulation du sommeil et contribue positivement à l’humeur et aux émotions. 

 

Notons aussi que les personnes souffrant de dysmorphie musculaire peuvent également présenter un trouble obsessionnel-compulsif, un trouble d’anxiété généralisée ou un trouble alimentaire. 

 

Symptômes 

 

Voici une liste exhaustive des symptômes d’une personne souffrant de dysmorphie musculaire (tirée directement d’un texte rédigé par la psychologue Nathalie St-Amour, spécialiste en troubles alimentaires, disponible au     https://www.cliniquestamour.com/clinique-st-amour/anorexie-boulimie-temoignages/bigorexie-quand-fitness-devient-trouble-alimentaire) :

 

  • Sentiment intense chez la personne d'être trop petit ou trop maigre malgré une musculature bien développée.

 

  • Désir incessant et obsessionnel de modifier son apparence corporelle par l'entraînement physique intense et quotidien.

 

  • Rituels et règles rigides entourant l'entraînement physique, la prise alimentaire et, dans certains cas, la prise de suppléments ou d’autres produits visant un gain de masse musculaire.

 

  • Sentiment intense de culpabilité si la personne n'arrive pas à faire tous les entraînements physiques qu'elle s'impose.

 

  • La personne s'adonne quotidiennement et plusieurs heures par jour à l'entraînement au détriment d'autres activités de loisir et de détente.

 

  • Présence de surentraînement, de fatigue et des blessures sportives liées à l'absence de périodes suffisantes de récupération.

 

  • Répercussions négatives sur l'estime de soi, sur l'humeur et sur la vie affective et sociale.

 

Traitements efficaces 

 

Plusieurs traitements se sont montrés efficaces chez les gens souffrant de dysmorphie musculaire. 

 

1- La thérapie cognitivo-comportementale (TCC) individuelle ou en groupe : elle permet de changer les schémas de pensée vers des buts davantage réalisables. D'ailleurs, six études ont démontré l’efficacité de la TCC chez des adultes souffrant de dysmorphie musculaire, ayant obtenu des taux de réponse entre 48 % et 82 % à ce traitement (Enander et al., 2016, Rabiei et al., 2012, Rosen et al., 1995, Veale et al., 1996, Veale et al., 2014, Wilhelm et al., 2014). 

 

2- Les antidépresseurs tels que les inhibiteurs sélectifs de la recapture de la sérotonine (ISRS) : dans une étude réalisée auprès de 25 patients ayant eu ce traitement pendant 6 mois, 40 % d’entre eux avaient vu une amélioration de leurs symptômes et seulement 8 % ont subi une rechute (Jain, Grant, Menard, Cerasoli et Phillips, 2004). 

 

Actuellement, la communauté scientifique s’entend sur le fait que combiner ces deux traitements serait le plus efficace (Phillips et Hollander, 2008), car ils permettent de traiter efficacement les symptômes de la dysmorphie musculaire en contrôlant mieux les comportements compulsifs (s’entraîner excessivement ou se regarder dans le miroir) et en réduisant les pensées obsessives concernant l’apparence.

 

Ces éléments montrent que la problématique de la dysmorphie musculaire est très complexe. Toutefois, certains symptômes sont facilement observables. Il est donc important que l’entourage et la personne qui en souffre restent à l’affût de ces symptômes et aillent chercher l’aide et le soutien nécessaire. 

 

Références

 

(s.d.). Quand la musculation devient une dépendance. Repéré à http://www.musculaction.com/musculation-dependance.htm

 

Enander, J., Ivanov, V. Z., Mataix-Cols, D., Kuja-Halkola, R., Ljótsson, B., Lundström, S., … Rück, C. (2018). Prevalence and heritability of body dysmorphic symptoms in adolescents and young adults: a population-based nationwide twin study. Psychological medicine, 48(16), 2740–2747. doi:10.1017/S0033291718000375.  

 

Gluck, S. (2013). What is Muscle Dysmorphia, Bigorexia, Reverse Anorexia?, HealthyPlace. Repéré le 10 septembre 2019 à https://www.healthyplace.com/ocd-related-disorders/body-dysmorphic-disorder/what-is-muscle-dysmorphia-bigorexia-reverse-anorexia

 

Ignasse, J. (2013). Les anabolisants, qu'est-ce que c'est ? Repéré à https://www.sciencesetavenir.fr/sante/les-anabolisants-qu-est-ce-que-c-est_25825 

 

Enander, J., Andersson, E., Mataix-Cols, D., Lichtenstein, L., Alström, K., Andersson, G., ... & Rück, C. (2016). Therapist guided internet based cognitive behavioural therapy for body dysmorphic disorder: single blind randomised controlled trial. bmj, 352, i241.

 

Li, W., Arienzo, D., & Feusner, J. D. (2013). Body Dysmorphic Disorder: Neurobiological Features and an Updated Model. Zeitschrift fur klinische Psychologie und Psychotherapie (Gottingen, Germany), 42(3), 184–191. doi:10.1026/1616-3443/a000213.

 

McIntosh, J. (2018). Serotonin: Facts, uses, SSRIs, and sources. Repéré à https://www.medicalnewstoday.com/kc/serotonin-facts-232248 

 

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Pope, C. G., Pope, H. G., Menard, W., Fay, C., Olivardia, R., & Phillips, K. A. (2005). Clinical features of muscle dysmorphia among males with body dysmorphic disorder. Body image, 2(4), 395–400. doi:10.1016/j.bodyim.2005.09.001.

 

Rabiei, M., Mulkens, S., Kalantari, M., Molavi, H., & Bahrami, F. (2012). Metacognitive therapy for body dysmorphic disorder patients in Iran: acceptability and proof of concept. Journal of behavior therapy and experimental psychiatry, 43(2), 724-729.

 

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Rosen, J. C., Reiter, J., & Orosan, P. (1995). Cognitive-behavioral body image therapy for body dysmorphic disorder. Journal of consulting and clinical psychology, 63(2), 263.

 

St-Amour, N. (s.d.). BIGOREXIE : quand le fitness devient un trouble alimentaire. Repéré à https://www.cliniquestamour.com/clinique-st-amour/anorexie-boulimie-temoignages/bigorexie-quand-fitness-devient-trouble-alimentaire

 

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Veale, D., Anson, M., Miles, S., Pieta, M., Costa, A., & Ellison, N. (2014). Efficacy of cognitive behaviour therapy versus anxiety management for body dysmorphic disorder: a randomised controlled trial. Psychotherapy and psychosomatics, 83(6), 341-353.

 

Wilhelm, S., Phillips, K. A., Didie, E., Buhlmann, U., Greenberg, J. L., Fama, J. M., ... & Steketee, G. (2014). Modular cognitive-behavioral therapy for body dysmorphic disorder: a randomized controlled trial. Behavior therapy, 45(3), 314-327.










 

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